Aperçu de l'actualité des marchés

Séance du 24 mai 2018 – Sommaire :

  • Léger rebond de l’EUR/USD au-dessus de $1,17 en l’absence d’éléments nouveaux en provenance de la Fed. Une hausse de taux en juin se profile mais est déjà très largement anticipé par les marchés. Minutes de la BCE à suivre (13h30)
  • La paire EUR/GBP oscille sans direction dans un couloir étroit de £0,8750-£0,8800 en attendant les nouveaux chiffres de ventes au détail au Royaume-Uni (10h30). Pressions baissières sur la livre et l’euro qui se compensent.
  • La paire EUR/JPY reste sur la défensive après avoir enregistré la veille sa seconde plus forte chute en séance de l’année (-1,4%). Stabilisation temporaire entre ¥128 et ¥129. Les tensions commerciales restent vives alors que le président américain a lancé la veille une enquête interne afin d’étudier les importations d’automobiles et de camions aux Etats Unis.
  • L’EUR/CHF reste stable aux portes du seuil de ₣1,1650. Le contexte global d’aversion au risque lui est favorable malgré le rebond de l’euro ce matin.
  • Le retour des tensions commerciales se répercute sur le prix des matières premières. On observe ce matin un recul des prix des métaux eu égard à l’enquête interne américain lancée sur le secteur automobile mais également une contraction des prix du pétrole. Le cours EUR/CAD gagne +0,4% et tape à la porte du seuil de C$1,51, l’EUR/AUD gagne +0,3% et remonte au-dessus du seuil de A$1,55.
  • Nouvelle forte chute de la livre turque qui touche un nouveau point bas historique face à l’euro à plus de TRY 5,50 alors que le président Erdogan débute aujourd’hui sa campagne électorale et vise une réélection avec des pouvoirs renforcés.
  • Stabilité du rand sud-africain sous ZAR 14,60 en amont de la décision monétaire de la SARB (15h00). Statu quo attendu par le consensus économique.

Volatilité sur les marchés des changes– Dynamique de l’euro face à ses pairs :

 

EUR/USD

Le cours de change a une nouvelle fois connu une séance compliquée ce mercredi à la fois handicapé par une contraction de l’euro en réponse à des indicateurs PMI décevants en Zone Euro (recul de l’indice composite en mai à un plus bas depuis 18 mois en Zone Euro et 20 mois en Allemagne d’après les premières estimations publiées hier) et une hausse de la demande en dollar en amont de la publication dans la soirée des minutes de la Fed.  On notera également que le contexte d’aversion au risque causé par les propos du président américain sur la Chine et la Corée du Nord (risque d’annulation du sommet de juin soulevé) était par la même occasion plus favorable à la devise américaine qui reste encore aujourd’hui aux yeux de nombreux acteurs une valeur refuge (l’USD est toujours loin devant la devise la plus échangée dans le monde). À cette occasion, la paire de change a touché un nouveau point bas depuis 6 mois à $1,1674. Celle-ci a néanmoins réussi à limiter les pertes en fin de soirée et clôturé la séance américaine aux portes du seuil de $1,17 (clôture à $1,1696 pour une performance en séance de -0,7%) sous l’effet d’une pointe de déception des investisseurs américains à la lecture de Minutes de la Fed n’apportant aucun élément par rapport à ce que l’on savait déjà, à savoir qu’une nouvelle hausse de taux – la seconde cette année – devrait être opérée par la Fed au mois de juin (réunion du 12-13 juin). L’absence de références à l’atteinte de l’objectif de 2% d’inflation ou à une éventuelle accélération du processus du cycle de rehaussement des taux directeurs dès cette année (débats actuels sur l’éventuel ajout d’une 4ième hausse de taux à l’agenda monétaire de 2018) a semble-t-il assuré un plafond sur les gains de la devise américaine.

L’EUR/USD navigue toujours en eaux troubles ce jeudi matin autour de la barrière de $1,17, la seconde lecture des chiffres de croissance en Allemagne n’ayant offert aucune révision - à la hausse comme à la baisse - mais confirmé la plus mauvaise performance enregistrée par la 1ière économie européenne sur les 6 derniers trimestres (+0,3% T/T et +1,6% A/A). La paire devrait être particulièrement sensible ce jeudi à la publication, en début d’après-midi (13h30), des Minutes de la BCE ou compte rendu de la dernière réunion monétaire qui s’est déroulée le 26 avril dernier. La  Les marchés seront en effet attentifs aux débats actuels parmi les responsables monétaires européens et les options privilégiées par ces derniers dans un contexte actuel de ralentissement de l’activité et de pressions très modestes sur les prix. Un nombre croissant d’observateurs a tendance à pencher ces dernières semaines sur un possible prolongement du programme quantitatif jusqu’à décembre, ce qui repousserait  automatiquement la date de la 1ière hausse de taux en Europe que les marchés anticipaient jusqu’il y a pas très longtemps à mi-2019. Compte tenu du contexte politique relativement fragile en Italie, où on reste dans une situation de statu quo en l’absence d’approbation du président Mattarella d’un gouvernement Mouvement 5 Etoiles-Ligue du Nord, un rebond du cours de change au-dessus de $1,18 reste compliqué sauf commentaires étonnement optimistes de la BCE, dénouement moins pire que prévu en Italie et/ou contre-performance du dollar (devise exposée aux prises de profit compte tenu du rebond de plus de 5% sur les 5 dernières semaines).    

EUR/GBP

La nouvelle décélération des indices d’inflation au Royaume-Uni au mois d’avril – recul de l’indice général de 2,5% à 2,4% (plus bas depuis 13 mois) et de l’indice de base de 2,3% à 2,1% (plus bas depuis 13 mois) – qui n’avait pas été anticipée par les économistes ; dont le consensus misait plutôt sur un indice général stable à 2,5% et un recul plus modeste à 2,2% de l’indice de base ; est venue assombrir encore davantage la perspective d’un nouveau resserrement monétaire à court et moyen terme au Royaume-Uni. Compte tenu le contexte politique incertain relatif au Brexit et la fragilité de l’économie britannique, à nouveau démontrée en ce début d’année à la lecture des premières estimations de PIB (+0,1% T/T), la Banque d’Angleterre n’a aucune raison de se précipiter à resserrer à nouveau les conditions monétaires. Les investisseurs voient ici leurs convictions pessimistes renforcées. Si l’on s’appuie sur les niveaux de valorisation sur les marchés à terme, non seulement les observateurs considèrent comme peu plausible le scénario d’une hausse de taux cette année mais selon eux il est fort probable que la Banque d’Angleterre maintienne un statu quo sur ses taux directeurs lors des 18 prochains mois. Malgré l’absence de perspectives réjouissantes sur les taux britanniques, la livre sterling parvient néanmoins à limiter la casse face à l’euro et profite des difficultés actuelles que traversent la devise européenne. Le contexte politique et monétaire européen n’offre aujourd’hui pas plus de garanties. Les pressions baissières sur l’euro et sur la livre sterling se compensant, la volatilité sur la paire EUR/GBP reste très modeste comme en témoigne la fourchette de fluctuation £0,8750-£0,8800 très étroite dans laquelle oscille actuellement le cours.

Ce jeudi matin l’EUR/GBP a tenté une excursion sous le seuil de £0,8750 en réaction à l’information dévoilée par le journal The Times selon laquelle Theresa May chercherait à prolonger la période de transition post-Brexit jusqu’à 2023 contre fin 2020 comme il l’est actuellement prévu. Cependant, la véracité de cette information ayant mis en doute par d’autres médias, le cours a rapidement retracé et se maintient toujours au centre du couloir £0,8750-£0,8800. La livre sterling n’a peut-être pas dit son dernière mot et pourrait bénéficier de bons chiffres de ventes au détail ce jeudimatin (consensus : +0,7% M/M vs -1,2% en mars) pour amorcer un nouvelle tentative de rebond face à l’euro. La paire pourrait être également sensible à d’éventuels commentaires positifs en provenance de la BCE et alors tenter de repasser au-dessus du seuil de £0,88 sur lequel celle-ci bute depuis le début de la semaine (plafond). Si l’influence de ce dernier sur les marchés des changes semble faiblir depuis la déception causée par le rétropédalage lors de la réunion monétaire de mai, on observera néanmoins les sorties publiques du gouverneur central Mark Carney ce jeudi, et notamment son discours programmé lors d’un diner donné à Londres réunissant plusieurs économistes.

EUR/JPY

La paire EUR/JPY a enregistré mercredi sa seconde plus forte chute en séance de l’année et accusé un recul de plus de 1,4%. Celle-ci a subi le contrecoup d’une montée soudaine de la nervosité sur les marchés financiers et d’un afflux massif de la demande des investisseurs en « valeurs refuges » en réaction au retour soudain et inattendu de tensions à la fois d’ordre politiques et commerciales. Un fois n’est pas coutume, l’élément déclencheur de ces nouvelles turbulences s’est avéré être le président américain. La perspective d’une annulation du sommet historique entre Donald Trump et Kim Jong-Un n’est pas une chimère et est désormais prise très au sérieuse par les marchés financiers après que le président américain ait appuyé les conditions nécessaires au bon déroulé de cette rencontre. Bluff ou pas, quoi qu’il en soit le durcissement de ton du côté de la Maison Blanche peut être considéré comme une source de risque susceptible de froisser la susceptibilité du leader nord-coréen et raviver dès lors les craintes de conflit. Sur le plan commercial, les propos critiques du président américain à l’égard des négociations avec Pékin malgré les récents rapprochements observés viennent jeter le discrédit sur une éventuelle plus grande flexibilité de la Maison Blanche sur ces dossiers. Les négociations en cours avec l’Europe concernant l’exposition aux taxes sur l’acier et l’aluminium (Washington réclamerait une baisse de 10% des exportations européennes d’acier aux Etats Unis) et le Canada et le Mexique concernant l’ALENA sont loin d’aboutir, ce qui pourrait venir à nouveau troubler l’équilibre actuel et raviver les craintes de « guerre commerciale » mondiale. La paire EUR/JPY a franchi un cap important en cassant le seuil de ¥129, une barrière qui n’avait jusqu’alors été franchie qu’à une fois au cours des 9 derniers mois. Un point bas depuis août dernier a d’ailleurs été touché par celle-ci mercredi à ¥128,22.

Il reste à savoir quel est le rôle psychologique que relève le franchissement de ce niveau cléet la proximité du seuil de ¥128 franchi par l’EUR/JPY au début du second semestre 2018, moment où les marchés ont commencé à intégrer le réorientation de la politique monétaire de la BCE. Ce matin, l’EUR/JPY reste encore sonné mais a réussi à se stabiliser entre ¥128 et ¥129. Un rebond reste toujours d’actualité mais reste conditionné à une amélioration du sentiment des investisseurs et un regain d’appétit au risque de ces derniers.

EUR/CHF

Comme le yen, le franc suisse a bénéficie d’une détérioration du contexte économique et financier générale et du retour des tensions politiques et commerciales. Appuyée également par la faiblesse de l’euro et les doutes renforcées à l’égard des perspectives économiques de la Zone Euro en réaction à la sortie d’enquêtes d’activité PMI très décevantes en Zone Euro, la paire EUR/CHF a accentué sa chute (-0,4% mercredi  et -2,5% sur les 8 dernières séances) et touché un nouveau point bas depuis presque 3 mois sous1,16(point bas recensé à1,1578). Celle-ci a néanmoins réussi à limiter les pertes et a retracé au-dessus de niveau en fin de séance. Malgré l’absence d’actualité en provenance d’Italie, le maintien d’un flou sur la situation politique du pays reste toujours un handicap pour le cours de change.

L’EUR/CHF devrait continuer à marcher dans les pas de la paire EUR/USD, à ce sujet la volatilité devrait être particulièrement influencée ce jeudi par les réactions des marchés à l’égard des Minutes de la BCE et des commentaires du chef-économiste de la BCE (Peter Praet) dont un discours est programmé dans la matinée. L’évolution du sentiment des marchés face aux risques, notamment en Europe (Italie), restera également un facteur prépondérant dans la dynamique de la paire. La volatilité de la veille a néanmoins mis en lumière deux points marquants, celui que le potentiel baissier de l’EUR/CHF n’est pas épuisé malgré le fort recul observé ces deux dernières semaines mais que le seuil de1,16 apparaît comme un niveau support important pour les investisseurs.