Aperçu de l'actualité des marchés

Séance du 11 juin 2018 – Sommaire :

  • En cette semaine de réunion monétaire de la Fed et de la BCE, on voit renaître un regain d’intérêt pour l’euro. Inquiétudes politiques (temporairement) dissipées par la réaffirmation ce weekend de l’Italie de conserver l’euro. Fiasco du Sommet du G7 aux effets minimes sur les marchés des changes.
  • L’EUR/USD remonte ce matin à $1,18. Les investisseurs veulent croire en un scénario d’annonce de fin définitif du programme quantitatif ce jeudi. Achetez la rumeur, mais vendez la nouvelle ? USD victime de l’isolation croissante des Etats Unis après le Sommet du G7.
  • La paire EUR/GBP retape à la porte du seuil de £0,88 alors que les tensions politiques restent palpables. Un nouveau camouflet subi par Theresa May lors des séances parlementaires de mardi et mercredi sur le projet de loi de sortie pourrait forcer un départ précipité.
  • Le cours EUR/JPY se rapproche de nouveau tout près du niveau de ¥130. Le facteur monétaire semble l’emporter sur le facteur politique pour le moment. Sommet Etats Unis/Corée du Nord de mardi matin à Singapour suivi avec grande attention.
  • Remontée significative de la paire EUR/CHF au-dessus de ₣1,16 après le refus massif des citoyens suisses à la réforme « Monnaie pleine ». Résultat accueilli avec soulagement mais potentiel haussier modeste à l’approche de la BCE et du sommet US/Corée du Nord.
  • La paire EUR/CAD remonte ce lundi au-dessus de C$1,53 alors la relation entre Etats Unis et Canada n’a jamais semblé aussi critique après le Sommet du G7. Doutes autour d’un éventuel accord sur l’ALENA.
  • Le peso mexicain subit lui-aussi le contrecoup d’un durcissement de discours du président américain et la réapparition de la menace d’une taxe sur les automobiles. Le cours EUR/MXN remonte sur ses pics historiques à plus de MXN 24,0.
  • Recul surprise des indicateurs d’inflation en Norvège qui favorise un rebond de la paire EUR/NOK au-dessus du seuil de NOK 9,50

Volatilité sur les marchés des changes– Dynamique de l’euro face à ses pairs :

USD

EUR/USD :Après quatre séances consécutives de hausse, la paire EUR/USD a enregistré vendredi une petite correction de -0,3%, échouant ainsi à s’installer durablement au-dessus du seuil de $1,18 (clôture vendredi à $1,1766) malgré un contexte politique moins hostile en Europe et une communication plutôt optimiste de la part de membres de la BCE.  Ce recul, intervenant après un rebond de presque 1,2% sur la semaine, a principalement été nourri par des chiffres économiques en Allemagne à nouveau décevants et qui ont pénalisé l’euro une grande partie de la journée(contraction de -1% de la production industrielle au mois d’avril), et une montée de l’anxiété sur les marchés des changes à l’approche de l’ouverture du Sommet du G7 que beaucoup d’observateurs voyaient comme une confrontation frontale entre le président américain et ses partenaires sur les dossiers commerciaux et climatiques. À cette occasion, un point bas a été touché par le cours de change en cours de séance à $1,1724.

En cette semaine qui s’annonce riche en évènements pour l’EUR/USD, avec comme point d’orgue les réunions monétaires successives de la FED (mercredi soir) et de la BCE (jeudi après-midi), c’est la devise européenne qui a plutôt le vent en poupe. En effet, la paire de change fait son retour ce lundi matin au-dessus de $1,18, les investisseurs apparaissant davantage sensible à un scénario de réveil de l’euro après sa lourde chute de près de 7% qu’à une nouvelle accélération du dollar américain. Aux Etats Unis, les investisseurs ont d’ores et déjà intégré l’idée que la FED devrait opérer une hausse de taux de 25 pbs en juin ; envoyant ainsi le taux directeur dans une nouvelle fourchette de 1,75%-2,00% ; mais restent circonspects sur l’éventualité d’une accélération du processus de normalisation monétaire (ie. ajout d’une 4ième hausse de taux au calendrier cette année) compte tenu de la montée des tensions commerciales à l’échelle mondiale (les Etats Unis apparaissent de plus en plus isolés après le Sommet du G7 de ce weekend), et de la stabilisation apparente des indices de prix (indice PCE de base recensé à 1,8% en avril) qui offre ici un prétexte à la banque centrale américaine à ne pas se précipiter. Du côté européen, malgré un fléchissement de la dynamique de redressement depuis le début d’année, la montée récente de l’inflation au mois de mai mais surtout la non-prolifération des incertitudes italiennes sur l’ensemble de la Zone Euro pourraient offrir suffisamment de confiance aux responsables monétaires européens pour déployer leur plan d’arrêt définitif de leur programme quantitatif d’ici la fin de l’année. Dans quelle mesure  la fin des rachats d’actifs entrainera un lancement du processus de remontée des taux ? Là est tout le débat. Si les investisseurs estiment en grande majorité qu’une première hausse de taux devrait être opérée à horizon juin 2019 (probabilité estimée à 70% sur les marchés monétaires), la BCE s’est pour le moment montrée peu loquace sur la question. Si celle-ci s’aligne sur ce calendrier dès lors il est fort probable que l’on assiste à une nouvelle remontée significative de l’euro. Le maintien d’un flou sur le calendrier pourrait à l’inverse engendrer un peu de frustration, et surtout installer une sorte de « plafond de verre » limitant le potentiel haussier de l’euro (fourchette $1,15-$1,20 potentiellement observée pendant une période prolongée). Le facteur de divergences monétaires a eu un rôle important dans la chute de l’EUR/USD sur ses plus bas niveaux de l’année, celui-ci pourrait être également à l’origine de son rebond. Alors que le niveau de $1,20 fait aujourd’hui figure de plafond sur le cours de change, la marche ne paraît pas totalement insurmontable si tenté que les planètes soient parfaitement alignées.

GBP

EUR/GBP : La paire EUR/GBP a légèrement corrigé vendredi sous l’impulsion notamment d’un mouvement de recul général de l’euro mais également en l’absence de leviers justifiant la cassure du seuil clé de £0,88, lequel fait figure depuis presque un mois de véritable palier de résistance sur le cours de change. Après une tentative avortée de retour sous le seuil de £0,8750, l’EUR/GBP a finalement terminé la semaine dans la fourchette haute de son couloir de £0,87-£0,88 pour la 19ième séance consécutive (clôture à £0,8774). Le contexte politique reste relativement incertain au Royaume-Uni, la première ministre Theresa May se retrouvant de nouveau tancée par des luttes intestines au sein de sa propre équipe gouvernementale entre les partisans pro-européens et ceux favorables à une rupture intégrale avec l’Union Européenne. Si celle-ci a évité de justesse une nouvelle crise politique en évitant le départ de son ministre du Brexit, David Davis, l’épisode du « filet de secours » destiné à éviter le maintien d’une frontière physique en Irlande a de nouveau mis en exergue la fébrilité de la dirigeant britannique à imposer ses idées et tenir ses troupes. Cela lui a d’ailleurs valu quelques critiques en interne de la part de son ministre des affaires étrangères, Boris Johnson, grand artisan de la sortie du Royaume-Uni hors de l’UE et potentiel favori à la succession de Theresa May en cas de départ précipité de cette dernière.

Ces tensions politiques internes n’ont pas de quoi rassuré les investisseurs qui pour le moment préfèrent se tenir éloignés de la livre sterling. Ce lundi matin, le cours EUR/GBP efface ses pertes de la séance précédente et retape de nouveau à la porte des £0,88 alors que l’actualité du weekend a de nouveau mis en lumière l’absence d’entente entre les camps britanniques et européens, laquelle vient un plus assombrir la perspective d’avancées majeures d’ici le Sommet européen programmé à la fin du mois. En effet, le responsable en chef des négociations de sortie pour le compte de l’UE, Michel Barnier, s’est déclaré non favorable à l’option britannique d’offrir l’opportunité au Royaume-Uni de rester temporairement au sein de l’union douanière européenne, au moins jusqu’en 2021, en cas d’échec des négociations. Ce dernier aura d’ailleurs l’occasion de discuter plus en profondeur sur le sujet avec son homologue britannique lors de sa venue ce lundi à Londres. C’est une semaine à haut risque qui se profile pour le Royaume-Uni et la livre sterling avec en autre un calendrier économique très chargé (inflation, emploi, ventes au détail et activité du secteur industriel) mais surtout de l’ouverture d’une session de deux jours de débats au sein de Chambre des communes à partir de mardi sur la question du projet de loi de sortie hors de l’Union Européenne. Les députés seront, ce mardi et mercredi, surtout amenés à discuter de la série d’amendements votés préalablement par la Chambre des Lords. Parmi eux, les députés britanniques avaient réclamé le report de la date de sortie et le maintien du Royaume-Uni au sein de l’union douanière. Theresa May pourrait donc se trouver pieds et poings liés dans ses plans de sortie si une coalition entre conservateurs pro-européens et travaillistes se forment et apportent leur soutien aux exigences des Lords. Difficile à définir à l’avance la réaction potentielle des marchés à l’égard d’un tel scénario puisque si celui-ci pourrait être perçu comme un élément venant dissiper le risque de sortie économique brutale du Royaume-Uni hors de l’UE (biais haussier sur la livre), il pourrait également sonner le glas du mandat de Theresa May à la tête du gouvernement britannique (biais baissier sur la livre). Un nouveau revers, après celui des élections générales de juin 2017, viendrait éliminer le peu de crédibilité qui lui reste. De nouvelles turbulences politiques au Royaume-Uni pourraient s’avérer pénalisantes pour la devise britannique.  

JPY

EUR/JPY: L’accentuation des tensions survenues lors du Sommet du G7, notamment illustrée par le refus du président américain d’apporter son soutien au communiqué final clôturant les deux jours de débat et la menace d’instaurer de nouvelles taxes douanières de 25% sur les importations d’automobiles, n’a pas de réelles prises sur la paire EUR/JPY qui efface ce lundi matin ses pertes de la fin de semaine dernière et se rapproche à nouveau de la barrière de ¥130. Les spéculations monétaires en amont de la réunion de la BCE de jeudi mais également l’optimisme qui se dégage des marchés avant le sommet très attendu de mardi entre Donald Trump et Kim Jong-un à Singapour semblent prédominer, et soutenir un mouvement de revalorisation de la paire de change. Ces gains pourraient néanmoins rapidement partir en fumée si d’aventure cette entrevue historique tournait au vinaigre. La stratégie du président américain de « suivre son instinct », comme le révèle plusieurs l’articles relayant la préparation de cet évènement, n’inspire pas particulièrement la confiance. S’il est fort probable que cette rencontre ne découle sur aucun accord direct, on espère néanmoins que cette première prise de contact amorce une nouvelle relation pacifique entre les deux pays. Si l’attention se porte exclusivement sur cette rencontre pour le moment, la dégradation des relations commerciales et la perspective de voir de nouvelles mesures protectionnistes éclore du côté de Washington pourraient cependant revenir rapidement impacter le cours de change une fois le Sommet passé. Le facteur monétaire occupera un rôle clé dans la volatilité de la paire EUR/JPY puisque se succèderont deux réunions monétaires majeures, jeudi en Zone Euro (BCE) et vendredi au Japon (BOJ). Une mise en exergue d’un décalage de cycle monétaire entre les deux régions – comme cela fut observé depuis la seconde partie d’année dernière – pourrait, si le contexte de nervosité global reste stable, initier un nouveau rebond de la paire EUR/JPY, laquelle tentera de faire son retour dans une fourchette ¥130-¥132.

CHF

Comme le laissait pressentir les  sondages, les électeurs suisses ont voté très majoritairement contre l’initiative « Monnaie pleine » qui proposait de retirer aux banques privées la capacité de créer de la monnaie non-couvert par ses dépôts, et d’en laisser l’usage unique à la banque centrale. Cette dernière s’est d’ailleurs félicité du résultat après avoir mis en alerte l’opinion publique sur les risques économiques que provoquerait une telle réforme du système monétaire. Alors que plusieurs traders s’étaient positionnés contre un éventuel rebond du franc en cas de passage de ce projet, la dissipation ce matin de cette menace vient offrir un solide rebond de la paire EUR/CHF, laquelle fait son retour ce lundi au-dessus de1,16. À cette occasion, un pic de plus deux semaines a  été touché à1,1657. Outre le facteur soulagement face à l’élimination d’un facteur de risque, le cours de change bénéficie également d’un contexte favorable de regain d’intérêt des investisseurs pour l’euro à l’approche de la réunion de la monétaire de la BCE qui se tiendra jeudi et cours de laquelle pourrait être confirmé (ou du moins fortement sous-entendu) le projet d’arrêt définitif du programme quantitatif d’ici la fin de l’année. Le franc restera néanmoins sensible au contexte global alors qu’une vague de nervosité pourrait s’emparer des marchés en cas de recrudescence des tensions commerciales (nouvelle annonce de taxes douanières) et dégradation du contexte géopolitique (Sommet USA/Corée du Nord mardi matin).