Aperçu de l'actualité des marchés

Séance du 13 juin 2018 – Sommaire :

  • Le soufflé autour du Sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un est vite redescendu, les investisseurs se refocalisant très rapidement sur la réunion de la FED et de la BCE. Au Royaume-Uni, les débats parlementaires autour du projet de loi de sortie maintiennent la livre sterling sous pression.
  • La paire EUR/USD est stable ce matin autour de $1,1750 alors que se profile ce soir la réunion de la Fed en marge de laquelle une nouvelle hausse de taux devrait être annoncée. Les marchés surveilleront les nouvelles projections de la banque.
  • La paire EUR/GBP oscille toujours autour de £0,88 alors que Theresa May s’est évitée hier un cuisant revers au parlement. Cependant, les concessions faites auprès des conservateurs pro-européens soulignent le peu de marges de manœuvre de Theresa May.
  • L’EUR/JPY reste à proximité de ¥130 et l’EUR/CHF à ₣1,16. Peu de volatilité, les investisseurs apparaissent en position d’observation avant la FED ce soir et la BCE demain.
  • Les devises nordiques continuent de s’apprécier face à l’euro et surfent sur les spéculations de hausses de taux avant la fin de l’année, probablement au T3 en Norvège et potentiellement à la fin du T4 en Suède. L’EUR/NOK oscille sur ses plus bas niveaux depuis 7 mois sous NOK 9,45 tandis que l’EUR/SEK enregistre un repli de -1,2% sur les 3 dernières séances et oscille sur ses plus bas niveaux depuis 3 mois sous SEK 10,15.
  • Les devises émergentes enregistrent un important repli ce mercredi – particulièrement la livre turque et le rand sud-africain – alors qu’une nouvelle hausse de taux aux Etats Unis est susceptible de venir provoquer d’importantes sorties de capitaux au sein des marchés émergents.

Volatilité sur les marchés des changes– Dynamique de l’euro face à ses pairs :

USD

EUR/USD :Le cours a bénéficié en séance européenne du climat de détente général qui s’est propagé sur les marchés financiers après le Sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un qui s’est conclu sur un accord de principe des deux parties à œuvrer pour le maintien de la « paix, prospérité et stabilité » dans la péninsule coréenne et dans le monde. Si un bref regain d’appétit au risque a offert l’occasion à l’EUR/USD de se maintenir en début de séance européenne aux abords du seuil de $1,18, cette dynamique s’est progressivement essoufflé au fil de la journée sous l’effet, comme nous l’évoquions hier, de statistiques économiques décevantes en Zone Euro (repli plus important que prévu de l’indice ZEW de sentiment des investisseurs allemands à un plus bas depuis plus de 5 ans) et plutôt rassurantes aux Etats Unis (indice d’inflation générale à un pic de plus de 6 ans de 2,8% & indice de base ressorti comme attendu à un pic de 19 mois de 2,2%), et d’une légère montée des spéculations à l’approche de la réunion de la FED. Au final, la paire de change a enregistré une perte d’un peu plus de 0,3% lors de la séance de mardi et clôturé sous le seuil de $1,1750 pour la 1ière fois depuis une semaine (clôture mardi à $1,1743). Les acheteurs de dollar font leur retour timide sur les marchés des changes et attendent avec impatience les nouvelles directives de la part des banquiers centraux américains.

Le mouvement baissier sur la paire EUR/USD s’est prolongé en séance asiatique ce mercredi alors que se profile ce soir la publication des conclusions de la nouvelle réunion monétaire de la réserve fédérale américaine. Sous couvert d’un solide cycle de croissance de l’économie, la banque centrale américaine devrait vraisemblablement procéder à une hausse de 25pbs de son taux directeur principal, lequel oscillerait alors dans une nouvelle fourchette de 1,75%-2,00% ou son plus haut niveau depuis l’automne 2008. Cette intervention est néanmoins très largement anticipée par les investisseurs – probabilité de réalisation de ce scénario évaluée à 95% sur les marchés à terme (voir graphe ci-dessous) – et ne pourra constituer à lui seul un motif suffisant à un nouveau rebond du dollar. Les regards devraient ainsi davantage se focaliser sur les nouvelles projections trimestrielles publiées en marge de cette réunion, et notamment les nouveaux « Dot Plot » ou projections annuelles de taux établies par chacun des membres du comité exécutif de la FED (Board) et présidents d’antennes régionales de la banque centrale américaine. Eu égard à la récente accélération de l’inflation ces derniers mois aux Etats Unis – dynamique encore observée mardi lors de la publication des indices de prix à la consommation – il existe un vif débat parmi les responsables monétaires sur la nécessité ou non de rompre avec l’approche « graduelle » prônée ces dernières années par l’ancienne président Janet Yellen et opter pour une accélération du processus de normalisation monétaire ; ce qui reviendrait à rehausser les taux d’intérêt à une fréquence plus rapide ; pour s’éviter une surchauffe de l’économie. L’existence de ce débat n’est pas anodine aussi un nombre croissant d’investisseurs ont déjà commencé à se positionner et anticiper l’éventualité d’une révision à la hausse de l’agenda monétaire américain cette année et un scénario de quatre hausses de taux ou plus, contre trois initialement programmée en mars dernier. Sur les marchés à terme, cette hypothèse a progressivement gagné en crédit depuis la fin du mois de mars à mesure que les statistiques montraient un visage positif de l’économie américaine et a vu sa probabilité de réalisation doubler de 20% à 40% (voir le graphe issu du Financial Times ci-dessous) en un peu plus de deux mois. Cela a justement coïncidé avec le regain de forme du dollar américain et son appréciation de presque 7% face à l’euro, ce qui tend à confirmer l’importance encore aujourd’hui des débats monétaires sur la volatilité de la devise américaine. En définitive, une hausse de taux combinée ce soir à ajustement plus « agressif » de stratégie monétaire de la part de la FED – Conférence de presse à suivre du gouverneur central J. Powell à 20h30 – déclencherait un nouvel afflux massif de demande en dollar, et donc un retour de l’EUR/USD dans un couloir de prix $1,15-$1,17. À l’inverse, si la FED ne délivre pas ce que les investisseurs attendent et maintiennent leur rhétorique « graduelle », la frustration pourrait s’emparer des investisseurs et envoyer en fin de journée l’EUR/USD au-dessus de $1,18. Sur la route en direction de $1,20, un premier niveau de résistance est observé à $1,1820 puis un second à $1,1910.

GBP

EUR/GBP :  Si la livre sterling n’a pas pu compter sur les chiffres de l’emploi pour se raffermir un peu face à l’euro – volume de création d’emplois supérieur aux attentes (+146k vs cons. +110k) mais légère décélération inattendue des salaires (repli de 2,6% à 2,5% de la dynamique annuelle du salaire moyen) – celle-ci a néanmoins vivement réagi au vote très serré des députés de la chambre des Communes britanniques contre l’amendement qui aurait offert au parlement britannique un droit de véto sur l’accord final de sortie conclu par le gouvernement britannique avec les représentants européens. La première ministre Theresa May peut souffler, elle s’évite ainsi un nouveau revers qui aurait sérieusement entamé son crédit en tant que chef du gouvernement et ravivé les rumeurs de départ prématuré. Mais ne nous y trompons pas, c’est une véritable « victoire à la Pyrrhus » acquise par la résidente du 10 Downing Street. Plusieurs médias ont relayé l’information que cette dernière avait procédé à d’importantes concessions afin de convaincre les membres pro-européens de son parti qui menaçaient de mener une rébellion et de voter l’amendement qui aurait alors irrémédiablement amoindrit le pouvoir de négociation du gouvernement. Néanmoins, aucun détail n’a encore filtré sur la teneur de ces promesses. La livre sterling a bondi de plus de 0,3% face à l’euro et le cours EUR/GBP est retombé sous le seuil de £0,88 en réaction au vote de la chambre des communes qui à défaut d’éclaircir les perspectives de sortie vient au moins dissiper légèrement les inquiétudes autour d’un éventuel départ forcé de Theresa May.

Les investisseurs restent néanmoins prudents et se tiennent toujours à l’écart de la livre sterling, la situation politique restant encore fragile. Si May a réussi mardi à sauver temporairement sa tête, son opération séduction auprès de la frange pro-européenne du parti conservateur pourrait entraîner la colère des partisans du Brexit. Si un semblant de cohésion a réussi, tant bien que mal, à être maintenu au sein d’un gouvernement au sein duquel une véritable ligne de fracture idéologique existe, celle-ci menace à nouveau de voler en éclat. Les tensions autour de la livre sterling devraient rester importantes alors que se tient ce mercredi une nouvelle session de débats au sein de la chambre des Communes durant laquelle sera notamment voté l’amendement souhaitant imposer un rattachement du Royaume-Uni à l’union douanière européenne, une directive opposée à la position actuelle du gouvernement britannique qui souhaite négocier un partenariat douanier unique et inédit avec l’Union Européenne. Les nouvelles statistiques d’inflation seront également à suivre ce matin, cependant, sauf rebond plus important des prix venant raviver quelques spéculations autour d’une hausse de taux cet été, ceux-ci pourraient n’avoir qu’un effet très modeste et non-durable sur la livre sterling. Comme hier, la volatilité devrait globalement s’agiter en fin de journée lorsque les résultats des votes parlementaires tomberont. En attendant, l’EUR/GBP oscille ce mercredi matin autour du palier de £0,88.