Aperçu de l'actualité des marchés

Séance du 9 juillet 2018 – Sommaire :

  • La déception laissée vendredi par les chiffres de l’emploi aux Etats Unis se prolongent ce lundi. L’absence de nouvelles frictions commerciales rassure les marchés. L’euro confirme son regain de forme tandis que le yuan redonne des signes de vie. Résilience de la livre sterling à l’annonce du départ du ministre du Brexit.
  • L’EUR/USD prend la direction de $1,18 et évolue sur ses plus hauts niveaux depuis la réunion de la BCE du 14 juin dernier. Discours de M. Draghi (BCE) devant le parlement européen à suivre à 15h00.
  • L’EUR/GBP reste coincé entre £0,8800 et £0,8850 mais affiche un léger recul ce matin malgré les craintes de nouvelles incertitudes politiques au Royaume-Uni suite au départ inattendu du ministre du Brexit, David Davis.
  • L’EUR/JPY a touché ce matin pour la 1ière fois depuis plus de 3 semaines le seuil de ¥130. Si la Corée du Nord revient dans la lumière, l’absence de nouvelles frictions entre Pékin et Washington rassurent les marchés. Yen également sensible au discours conciliant de la BOJ ce lundi.
  • Léger recul de l’EUR/CHF qui reste néanmoins au-dessus du niveau de ₣1,16.
  • L’EUR/CAD tape de nouveau à la porte de C$1,54 malgré les importantes anticipations de hausse de taux ce mercredi au Canada (scénario évalué à plus de 90% sur les marchés monétaires ce lundi).
  • Le cours EUR/CNH retombe à ¥7,80 ce matin après avoir approché le seuil de ¥7,85 en fin de semaine dernière. L’absence de nouvelles menaces à l’égard de Pékin de la part de la Maison Blanche ce weekend semble rassurer les marchés.

Volatilité sur les marchés des changes – Dynamique de l’euro face à ses pairs :

USD

EUR/USD

Coincée dans un couloir étroit de $1,15-$1,17 depuis trois semaines, et la réunion de la BCE du 14 juin dernier, l’EUR/USD a réussi vendredi à s’extirper de cette région grâce en partie à un fléchissement du dollar américain à l’accueil de chiffres de l’emploi finalement moins robustes qu’anticipé
(+0,5% à $1,1745). Avec un volume de création d’emploi excédant pour le 2ième mois consécutif le niveau de 200k (213k en juin vs cons. 195k et 244k en mai, estimation du mois précédent révisée à la hausse car initialement publiée à 223k), les acheteurs de dollar auraient pu s’enorgueillir de voir le marché de l’emploi américain peu impacté, pour le moment, par la vague de conflits commerciaux entre les Etats Unis et ses partenaires, cependant ceux-ci ont préféré pointer du doigt la hausse surprise du chômage de 3,8% à 4,0% (cons. 3,8%, plus bas depuis 18 ans) et la croissance plus modérée des salaires en juin (+0,2% M/% vs cons. +0,3%, dynamique annuelle stable à 2,7% vs 2,8% anticipé). Bien que ce rapport tend malgré tout à confirmer la bonne santé actuelle de l’économie américaine, ces chiffres moins vigoureux que prévu ont pu servir de prétexte à lâcher un peu de leste au niveau des positions à l’achat sur le dollar alors que les incertitudes en Europe, et notamment en Allemagne, se sont globalement dissipées cette semaine et que dans le même temps les frictions des derniers mois entre Etats Unis et Chine ont pris une forme bien réelle avec l’introduction officielle du côté américain de mesures douanières sur $34Mds de produits chinois. Terminant la semaine sur un gain de presque 0,5% et à un pic depuis 16 séances, la paire EUR/USD a débuté ce mois de juillet sur une très bonne note.

Ce regain de forme de l’euro peut-il se poursuivre ? On est droit de le penser maintenant que les nuages que représentaient une possible chute du gouvernement allemand ont disparu et que plusieurs signaux suggèrent une accélération de l’économie de la Zone Euro sur la fin du second trimestre après un début d’année compliqué. Surtout à $1,17-$1,18, on reste encore sur des niveaux bien inférieurs aux standards observés mi-avril, avant la lourde chute de 7% en l’espace de 2 mois. Néanmoins, la dynamique de redressement devrait rester lente et graduelle sachant que les divergence de cycle économique et monétaire sont toujours très largement à l’avantage des Etats Unis dont l’économie ne montre pas, ou disons peu, de signes de ralentissement malgré la succession d’articles dans les médias (thème également observé dans les dernières Minutes de la Fed publiées la semaine dernière) soulignant un possible risque de récession à venir dans les 12-24 prochains mois. Par ailleurs, ne nous leurrons pas, les incertitudes politiques en Europe ne se sont pas envolées en une semaine et le manque de stabilité de la région reste un boulet au pied de la devise européenne. La « cassure » des $1,20 pourrait mettre davantage de temps que celui des $1,17.

Peu de données économiques et monétaires clés à suivre cette semaine en Europe et aux Etats Unis, ce qui pourrait permettre à l’EUR/USD de profiter encore un peu de l’amélioration de sentiment des investisseurs vis-à-vis de l’euro et de prolonger, comme cela semble être le cas ce matin (rebond en direction du palier de $1,18), sa bonne dynamique de la fin de semaine dernière. Les tensions commerciales restent au cœur de l’actualité et demeurent un facteur auquel les marchés restent sensibles. Aussi, il ne serait pas surprenant de voir le dollar impacté par la vigueur des résultats d’entreprises américaines alors que la « saison des profits », ou publication des résultats du T2, débute cette semaine aux Etats Unis. L’observation d’un début d’impact négatif des mesures protectionnistes commerciales de la Maison Blanche sur le bilan des entreprises donnerait du grain à moudre aux observateurs qui prédisent d’importantes répercussions sur la croissance mondiale en cas de « guerre commerciale », et apparaitrait comme un grain de sable dans les plans de la Fed de rehausser par deux fois ses taux avant la fin de l’année. Du côté européen, on surveillera attentivement les indices de sentiment ZEW en Allemagne (Mardi), les estimations finales d’inflation en juin (Jeudi en Allemagne et en France) tandis qu’aux Etats Unis les nouvelles statistiques d’inflation. Aux Etats Unis, les nouvelles statistiques d’inflation (indices CPI) publiées jeudi après-midi constitueront un des marqueurs majeurs de la semaine. Actuellement en route vers le niveau de $1,18, les plans de l’EUR/USD pourrait se montrer néanmoins troubler dès ce lundi en cas de sortie prudente cette après-midi du gouverneur central européen (discours de Mario Draghi devant le parlement européen à 15h00).

Perf 2018 = -1,84% / Moyenne 2018 = $1,2082 / Point haut 6 juillet 2018 = $1,1767 / Point bas 6 juillet 2018 = $1,1677 / Clôture 6 juillet 2018 = $1,1745

GBP

EUR/GBP

Theresa May semblait avoir réussi son pari vendredi en ralliant tous les membres de son cabinet derrière son nouveau plan de route, jugé par de nombreux observateurs comme plus conciliant, de sortie hors de l’Union Européenne
. Prévoyant notamment un accord de libre-échange entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne sur les produits agricoles et industriels et une harmonisation de la réglementation européenne concernant les biens et marchandises, un rôle de référent à la Cour de justice européenne lors de situation de litige en marge du Brexit, une régulation globalement calquée sur celle de Bruxelles, une solution au contentieux sur la question de la frontière en Irlande… cette nouvelle feuille de route avait de quoi faire bondir les partisans du Brexit et d’une rupture brutale avec Bruxelles. Il n’en fut rien, du moins dans un premier temps. Bien que critique envers certain aspect de ce plan, les têtes de proue d’une sortie de l’UE avaient depuis vendredi soir, de manière directe ou indirecte, apporté leur soutien à la première ministre. C’était sans compter sur un nouveau rebondissement dans la nuit de dimanche à lundi et l’annonce de démission du ministre en charge des négociations de sortie, David Davis, et de plusieurs secrétaires affiliés à son ministère. Pour lui, ce départ est motivé par une perte de latitude et aveu de faiblesse de Londres dans les négociations en cours si une stratégie de conciliation est choisie. Ce départ est un nouveau camouflet pour la première ministre britannique qui voit ici un membre clé de son gouvernement partir, et qui confirme son manque de poigne et l’absence de qualité de rassembleur au sein de son cabinet. Affaibli par ce premier départ, on peut craindre que le gouvernement britannique implose si d’autres ministres suivent le mouvement initié par Davis. Par ailleurs, alors que l’on espérait une accélération des négociations sur le Brexit cet été, alors même que du côté de Bruxelles on s’exaspère de la lenteur des discussions, ce départ d’un interlocuteur clé du côté britannique pourrait constituer un nouveau frein majeur à toute avancée majeure.

Après avoir pris la direction du seuil de £0,88 en début de séance asiatique, la paire EUR/GBP a très rapidement effacé une partie de ses pertes face au retour des incertitudes politiques au Royaume-Uni. Celui-ci reste ce matin à proximité du seuil de £0,8850 et de ses plus hauts niveaux des trois derniers mois en attendant de voir quelles répercussions vont suivre ce départ. Celui-ci pourrait non seulement affaiblir davantage la position de Theresa May, mais également retarder la sortie du Livre blanc sur le Brexit qui est attendu ce jeudi du côté de Londres. Une nouvelle crise politique dans le pays pourrait alors initier un rebond plus important de l’EUR/GBP au-dessus du seuil de £0,89 (seuil plus atteint depuis la mi-mars). Outre le Brexit, la venue, à partir de jeudi soir et pour une durée de deux jours, du président américain au Royaume-Uni pour sa première officielle dans le pays depuis son élection constituera un des évènements majeurs de la semaine. Sa venue pourrait en effet être l’occasion pour le gouvernement britannique d’amorcer les premières discussions pour mettre en place un futur accord de libre-échange entre les deux pays. Sur le plan économique, les principales statistiques clés seront toutes concentrées sur la journée de mardi avec notamment la publication des chiffres de croissance mensuelle du PIB, de production industrielle et de l’activité commerciale.

Perf 2018 = -0,75% / Moyenne 2018 = £0,8797 / Point haut 6 juillet 2018 = £0,8849 / Point bas 6 juillet 2018 = £0,8809 / Clôture 6 juillet 2018 = £0,8834

JPY

EUR/JPY

La paire EUR/JPYa poursuivi vendredi dernier le rebond amorcé jeudi à l’annonce d’un accord trouvé en Allemagne sur les questions migratoires, les investisseurs apparaissant soulagé par l’absence de nouvelles frictions entre Pékin et Washington malgré la mise en vigueur des premières mesures douanières américaines contres la Chine. La rhétorique protectionniste employée depuis des semaines par les deux principales économies mondiales prend une forme bien réelle. Néanmoins, celle-ci était déjà très largement anticipée par les investisseurs, lesquels craignaient surtout de nouvelles annonces de part et d’autres. Le soulagement laissé par l’absence de déclarations fracassantes a finalement amplifié le mouvement haussier de la paire EUR/JPY vers le palier de ¥130. Si la paire de change n’a pas réussi à franchir ce seuil sous lequel elle fluctue depuis 3 semaines et la réunion de la BCE du 14 juin, celle-ci s’en est approchée tout près vendredi (pic recensé à ¥129,96, clôture à ¥129,71). C’est désormais chose faite ce matin, cela malgré le retour de la Corée du Nord dans l’actualité.

Reprochant aux Etats Unis leur attitude « cavalière », notamment après le passage à Pyongyang la semaine dernière du secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, les responsables nord-coréens ne semblent plus réellement disposés à assurer une dénucléarisation de ses activités comme il l’avait pourtant été évoqué lors du sommet de Singapour du 12 juin dernier. Si les investisseurs ne prêtent pas plus d’attention que cela au possible retour de la Corée du Nord comme possible élément agitateur de l’ordre mondial, ce risque ne peut être négligé et pourrait constituer un nouvel élément moteur d’une hausse de la demande en yen. Les traders semblent ce matin davantage sensibles aux propos conciliants de la part du gouverneur central japonais, lequel a confirmé que la Banque du Japon maintiendrait sa politique monétaire accommodante tant que l’inflation ne sera pas revenue de manière durable au niveau de 2%. Le maintien prolongé d’un décalage de cycle monétaire entre le Japon et avec ses principaux pairs pourrait continuer de peser sur la valeur du yen, cela malgré un contexte politique et commercial plus hostile. Le yen restera toujours attentif au climat global et à l’évolution des conflits commerciaux entre les Etats Unis et ses partenaires. Le degré de peurs à l’égard de l’éclatement d’une « guerre commerciale » mondiale reste pour le moment le principal facteur de volatilité du yen.

Perf 2018 = -3,82% / Moyenne 2018 = ¥131,48 / Point haut 6 juillet 2018 = ¥129,63 / Point bas 6 juillet 2018 = ¥128,56 / Clôture 6 juillet 2018 = ¥129,34

CAD

EUR/CAD

Malgré un volume de création d’emplois bien plus important que prévu au mois de juin (+31,8k vs cons. +24,0k), le dollar canadien s’est vu pénalisé face à l’euro vendredi, les investisseurs préférant s’attarder sur la hausse surprise du chômage à un pic de 8 mois (6,0% vs cons. 5,8% et 5,8% en mai) et l’accroissement plus important que prévu du déficit commercial au mois de mai (+C$ 2,77Mds vs cons. +C $2,05Mds) sous couvert d’un coût d’importation onéreux. Cependant, après un bref retour au-dessus de C$ 1,54 (pic recensé vendredi à C$ 1,5441), le cours EUR/CAD est revenu se poser dans son couloir étroit de C$ 1,53-1,54 (clôture à C$ 1,5366). Aux yeux des investisseurs, ce rapport de l’emploi ne devrait pas constituer d’obstacle à une nouvelle hausse de taux au Canada, bien au contraire. Ce lundi, les marchés monétaires évaluent à plus de 90% la probabilité que la Banque du Canada opère à un nouveau resserrement monétaire après une pause longue de 6 mois. Malgré cet aspect monétaire, la paire de change ne semble pas néanmoins pour le moment disposer à revenir sur ses bas nivaux observés en mai (C$ 1,50-1,52). Le maintien d’un climat global hostile dégradé par la multiplication de conflits commerciaux initiés par les Etats Unis, lequel laisse en suspend un risque de possible éclatement de l’ALENA, et la correction des prix du pétrole après avoir atteint un pic depuis 2014 la semaine dernière pèsent sur la devise canadienne et freinent son essor. Une nouvelle hausse de taux ce mercredi au Canada, si elle s’accompagne par un engagement des décisionnaires canadiens à redémarrer leur politique de normalisation monétaire, pourrait offrir une éclaircie dans ce ciel assombri, et accompagner un sortie vers le bas de l’EUR/CAD de son couloir actuel de C$1,53-C$1,54. Pour le moment, la paire reste principalement influencée par le regain de forme de l’euro et le lent recul des prix du pétrole (brut américain inférieur à $74) et retape ce lundi à la porte des C$1,54.

Perf 2018 = +1,97% / Moyenne 2018 = C$ 1,5452 / Point haut 6 juillet 2018 = C$ 1,5411 / Point bas 6 juillet 2018 = C$ 1,5348 / Clôture 6 juillet 2018 = C$ 1,5366