Aperçu de l'actualité des marchés

Points clés (séance asiatique/ouverture de la séance européenne) :

  • Léger rebond du yen (+0,1%) ce matin après l’allocution de Donald Trump aux Nations Unis (et ses menaces de « détruire la Corée du Nord) et la hausse plus important que prévu du surplus commercial en août.
  • Correction de 0,2% de la paire EUR/CHF au lendemain du franchissement pour la première fois depuis janvier 2015 de la barrière de ₣1,1550. Léger sentiment d’aversion au risque après les propos de D. Trump et avant la décision monétaire de la Fed.
  • L’EUR/USD oscille ce matin au-dessus de $1,20 sous l’impulsion (à nouveau) de bons fondamentaux économiques (hausse supérieure aux attentes de la croissance des prix à la production en Allemagne).
  • Certain attentisme ressenti sur le marché des changes avant le dévoilement des conclusions de la réunion de la Fed (20h00).
  • Fort rebond du dollar néozélandais (+0,4%) à l’approche des élections législatives de ce week-end.

Les trois faits marquants de la séance de mardi 19 septembre 2017 : #1 La BCE divisée sur son orientation future , #2 La livre sterling profite des spéculations de démission du ministre Boris Johnson, et #3 Reflux d’intérêt pour les valeurs refuges (JPY & CHF)

#1 – BCE (EUR) :   Plusieurs sources proches du conseil de gouvernance de la banque centrale européenne ont rapporté, ce mardi à l’agence d’information Reuters, des dissensions entre les membres concernant la nécessité de fixer ou non la date de fin du programme d’assouplissement quantitatif dès le mois d’octobre. Certains souhaiteraient que la banque se laisse la possibilité de prolonger ce programme si les conditions le nécessitent. Au cœur du débat, encore et toujours l’euro et plus particulièrement sa forte valorisation dont on craint qu’elle pénalise l’économie européenne et freine le redressement de l’inflation dans la région. Les sources précisent cependant que les discussions suivent leur cours et qu’aucune décision définitive n’a, pour l’heure, encore été prise. Si la BCE s’est refusée à tout commentaire, on pourrait vraisemblablement s’acheminer vers un compromis et l’annonce en octobre d’une prochaine réduction du programme de rachat d’actifs en 2018 sans que ne soit encore dévoilée la date de fin définitive de ce programme.  Autre option, mais celle-ci moins probable, la BCE pourrait tenir en octobre une communication très similaire à celle tenue en septembre, et repousser l’annonce des détails de la « recalibration » de son programme quantitatif à décembre.

 La publication de cette information est venue « adoucir » les pressions haussières sur l’euro déclenchées par une hausse plus importante que prévu du surplus courant en Zone Euro et de l’indice ZEW de sentiment des investisseurs allemands en Septembre. La paire EUR/USD a malgré tout engrangé un gain de plus de 0,3% sur la séance de mardi et clôturé celle-ci aux portes des $1,20, bien aidé également par l’attentisme des investisseurs avant le dévoilement des conclusions de la nouvelle réunion monétaire de la Fed ce mercredi.

#2 – Royaume-Uni (GBP) : Alors que la livre sterling était partie pour poursuivre sur la lancée de la séance de lundi, et subir un mouvement correctif amorcé lundi soir suite aux propos du gouverneur central Mark Carney insinuant que la future politique de normalisation monétaire (ie resserrement des conditions de crédit) menée par la Banque d’Angleterre serait modeste et graduelle, celle-ci a finalement bénéficié d’un facteur de soutien inattendu. La rumeur, relayée par le journal britannique The Telegraph, d’une possible démission du ministre des affaires étrangères et numéro 3 du gouvernement dans la hiérarchie actuelle, Boris Johnson. Les investisseurs voient dans ce possible départ l’opportunité pour le gouvernement de Theresa May de parler d’une seule voix, et permettre à cette dernière d’avoir les mains libres pour mener les négociations d’une « sortie en douceur » du pays hors de l’Union Européenne, comme tel semble être la nouvelle stratégie défendue par Londres (en attendant la confirmation ce vendredi lors du discours à Florence de la première ministre britannique). Boris Johnson s’était fait remarquer vendredi dernier en jouant les francs-tireurs dans une longue tribune au même journal The Telegraph, dans laquelle il défendait et préconisait une stratégie de rupture intégrale avec Bruxelles. La paire EUR/GBP s’est malgré tout appréciée de plus de 0,2%, notamment sous l’impulsion d’un renforcement de l’euro, et terminé la séance sous le niveau de £0,89, seuil qui a été testé hier mais que la paire n’est pas parvenue à briser (pic recensé à £0,8899).

#3 – Valeurs refuges (JPY & CHF) :   Sous l’impulsion d’un nouveau renforcement de l’euro déclenché par de nouveaux signaux d’une haut niveau de confiance des investisseurs européens dans les perspectives économiques de la région – rebond important de l’indice de sentiment ZEW allemand après trois mois consécutif de recul et rebond de l’indice sous-jacent de confiance des investisseurs allemands dans les conditions économiques actuelles à un pic de 6 ans – et la hausse de l’excédent de la balance courante (facteur de solidité financière), les deux paires EUR/JPY et EUR/CHF ont atteint mardi de nouveaux sommets. Malgré un contexte géopolitique sensible, le yen japonais et le franc suisse souffrent de la comparaison face à l’euro à cause de la nouvelle orientation monétaire que souhaite prendre la BCE, qui se veut moins accommodante, et à l’inverse le maintien dans le même temps au Japon comme en Suisse de politiques d’assouplissement monétaire importantes. Le cours EUR/JPY a ainsi franchi mardi le seuil de ¥134 pour la première fois depuis décembre 2015 (pic recensé à ¥134,15) tandis que le cours EUR/CHF a, quant à lui, franchi le cap de ₣1,1550 (pic recensé à ₣1,1563) pour la première fois depuis janvier 2015 et l’abandon par la Banque Nationale Suisse du plancher de ₣1,20.

Remarque : La tendance pourrait néanmoins s’inverser sur la paire EUR/JPY si la Banque du Japon modifie sa communication et ouvre la porte à un prochain ajustement de son programme de rachats d’actifs dont l’efficacité est remise en cause (inflation toujours basse) et dont la durée de vie, dans sa forme actuelle, apparaît limitée (assèchement de la liquidité sur les marchés obligataires).

Les trois évènements clés à suivre lors de la séance de mercredi 20 septembre 2017 – #1 La Fed va-t-elle maintenir son calendrier monétaire ? (décision à 20h00 / conférence de presse à 20h30) , #2 Ventes au détail au Royaume-Uni (10h30) & #3 Inflation en Afrique du Sud (10h00)

#1 – Fed (USD)   : Les investisseurs sont plutôt attentistes en ce début de semaine et semblent attendre les conclusions de la nouvelle réunion de la Fed avant de prendre position. Une large majorité d’économistes estiment que la réserve fédérale américaine devrait annoncer à l’issue de cette réunion le lancement de ses opérations de réduction de son bilan financier qu’elle a fait grossir à plus de $4,5Trn consécutivement aux politiques de rachats d’actifs menées entre 2008 et 2013. Cependant, ce n’est pas sur ce point que les marchés des changes apparaissent le plus sensible. Ces derniers attendent, non sans crainte, la publication des nouvelles projections économiques et monétaires de la banque centrale, et les commentaires de Janet Yellen sur la situation économique du pays. C’est un difficile jeu d’équilibriste qui attend ce soir la présidente de la Fed, Janet Yellen. Celle-ci ne peut se résoudre à livrer une vision trop négative des perspectives économiques sous peine de déstabiliser les marchés financiers et potentiellement cause de fortes turbulences, mais doit néanmoins reconnaître des signes de faiblesses d’une économie qui souffle actuellement le chaud et le froid. En fil rouge de cette réunion, la question de la 3ième hausse de taux de 2017 qui est inscrite actuellement à l’agenda de la Fed mais dont bon nombre d’investisseurs doutent de sa réalisation (probabilité de hausse de taux en décembre évaluée mercredi matin à 58% d’après l’indice CME FedWatch Tool). Si Janet Yellen parvient à maintenir en vie l’hypothèse d’un nouveau resserrement monétaire avant la fin de l’année, dès lors nous pourrions être témoin d’une nouvelle tentative de rebond de la devise américaine. Outre l’analyse des fondamentaux économiques, la question du renouvellement d’une partie du comité exécutif début 2018 et notamment de la succession de Janet Yellen (fin de mandat en février 2018) pourrait occuper une place importante dans les débats de ce soir. Janet Yellen n’a toujours pas annoncé si elle comptait briguer un nouveau mandat. L’annonce d’un prochain départ de cette dernière pourrait générer un peu de nervosité sur les marchés des changes, et venir pénaliser le dollar.   

#2 – Royaume-Uni (GBP) :   Depuis les propos tenus par le gouverneur central britannique, Mark Carney, les investisseurs questionnent une possible surréaction des marchés à l’égard du scénario d’un prochain lancement d’une politique de normalisation monétaire au Royaume-Uni. En effet, si la Banque d’Angleterre ne compte pas rester les bras croisés face à la dangereuse montée de l’inflation dans le pays, celle-ci ne peut se résoudre à rehausser de manière agressive ses taux d’intérêts au vue de la situation économique actuelle. Procéder ainsi ne ferait qu’accentuer les déséquilibres et pourrait, à l’inverse du résultat souhaité, détériorer davantage l’activité économique au Royaume-Uni. C’est la raison pour laquelle la livre sterling corrige quelque peu cette semaine après un rebond de plus de 4,3% engrangé face à l’euro en l’espace de seulement 6 séances. La donne pourrait néanmoins changer en cas de signes de redressement de l’économie britannique au second semestre. Cela offrirait davantage de latitudes aux responsables monétaires britanniques pour resserrer les conditions de crédit sans gripper le moteur de la croissance du pays, à savoir la consommation des ménages et l’investissement des entreprises. C’est donc dans ce contexte actuel que les investisseurs observeront ce matin la publication des nouvelles statistiques de ventes au détail au Royaume-Uni. La médiane des projections des économistes tablent sur un rebond des ventes de 0,2% en août. Il s’agirait alors du troisième mois consécutif de croissance positive des ventes au détail au Royaume-Uni, une situation pas si courante qui n’a plus été observée depuis plus de deux ans. Si ces projections se matérialisent, cela pourrait offrir un nouvel argument aux investisseurs de positionnement à l’achat sur la livre sterling.

#3 – Afrique du Sud (ZAR):  Alors que les économistes anticipent une seconde baisse de taux d’intérêt par la banque centrale sud-africaine à l’issue de la réunion de septembre, dont les conclusions seront dévoilées jeudi après-midi , les nouvelles statistiques d’inflation pourraient venir semer le doute dans l’esprit des responsables monétaires sud-africains. Une accélération importante des prix à la consommation en août – et un retour de l’indice général au-delà de 5% - pourrait en effet pousser la banque centrale à reconsidérer ses plans et à temporiser. En effet, une nouvelle baisse de taux dans un contexte inflationniste est susceptible d’avoir les effets inverses que ceux initialement recherchés, c’est-à-dire dégrader l’économie au lieu de la stimuler. Le consensus voit une hausse de l’indice général d’inflation en août de 4,6% à 4,9% mais un léger recul de l’indice de base (excluant les prix les plus volatils) de 4,7% à 4,6%. Le rand a s’est déprécié de près de 5% face à l’euro sur les deux dernières semaines, et le cours EUR/ZAR a atteint mardi le seuil de ZAR 16,0 pour la première fois depuis plus d’un an (septembre 2016) sur la base d’un renforcement de l’euro et d’une anticipation de cette baisse de taux en Afrique du Sud. La tendance pourrait donc s’inverser si une hausse de l’inflation vient mettre en péril ce scénario.