Aperçu de l'actualité des marchés

Points clés (séance asiatique/ouverture de la séance européenne) :

  • Le dollar australien rechute à son plus bas niveau depuis mai 2016 face à l’euro (EUR/AUD > A$1,56) sur fond de mouvements sur les marchés obligataires (voir Focus #3 du jour).
  • Le dollar canadien reste sur une pente descendante alors que les économistes tablent sur un recul de l’inflation au Canada (voir Focus #2 du jour). L’EUR/CAD fait face à la résistance de C$1,51.
  • L’EUR/USD efface ses pertes de la veille grâce à l’accroissement de la balance courante en Zone Euro et le retour de la nervosité sur les marchés américains après le vote de la réforme fiscale par les représentants américains (voir Focus #2 de la veille).
  • L’euro reste néanmoins sous la menace d’un risque de retournement alors qu’Angela Merkel ne parvient pas à former une coalition gouvernementale. Il ne lui reste plus quelques heures pour y arriver (voir Focus #1 du jour).
  • La livre sterling tape à nouveau à la porte de £0,89. Les meilleurs ventes au détails que prévu (voir Focus #1 de la veille) et la dissipation des troubles politiques au Royaume-Uni offrent un peu de répit à la devise britannique.

 Les trois faits marquants de la séance de jeudi 16 novembre 2017 : #1 Un léger rebond des ventes au détail offre un peu de répit à la livre sterling, #2 La Chambre des représentants américains approuve leur version du texte de réforme fiscale , et #3 Recul confirmé de l’inflation en Zone Euro

#1 – Royaume-Uni (GBP) :  Les ventes au détail au Royaume-Uni ont progressé plus que prévu au mois d’octobre,  de +0,3% sur le mois contre +0,1% anticipé par le consensus des économistes, ce qui a été favorablement accueilli par les investisseurs, notamment après l’importante contraction observée en septembre (chiffre légèrement révisé à la hausse de -0,8% à -0,7%). Cela a permis à la livre sterling d’effacer une petite partie des pertes accumulées face à l’euro au début de semaine (-1,4% entre lundi et mardi), et au cours EUR/GBP de retracer vers le seuil de £0,89 (£0,8919 en clôture jeudi) après avoir touché mercredi le niveau de £0,90 pour la 1ière fois en près d’un mois. Ce rebond s’apparente davantage à un mouvement technique qu’à un nouveau signe d’optimisme des investisseurs. Ces derniers restent globalement inquiets en ce qui concerne les perspectives économiques du Royaume-Uni, l’instabilité politique qui frappe le gouvernement de Theresa May et le flou entourant les conditions de sortie du pays en 2019 restent deux facteurs qui pèsent lourdement sur l’économie britannique. Le modeste rebond de la croissance au 3ième trimestre ; +0,4% T/T en 1ière estimation ; ne peut masquer la vulnérabilité économique du pays dont les leviers de croissance sont actuellement grippés par une baisse de la consommation du à une baisse des salaires réels (fruit d’une inflation forte et d’une stagnation des salaires), un gel des investissements et des exportations qui restent timides malgré la forte dépréciation de la livre sterling. Dans le contexte actuel, sans de rebond significatif de l’économie et/ou d’avancées sérieuses dans les négociations du Brexit, la paire EUR/GBP pourrait rester coincer encore un certain temps dans le couloir de fluctuation de £0,8750-£0,9000, dans lequel elle évolue depuis maintenant deux mois. Si le seuil de £0,90 apparaît comme un seuil de résistance majeur pour les investisseurs, le cours de change n’est pas à l’abri de le franchir à nouveau en cas de nouveaux troubles politiques au Royaume-Uni et/ou poussée de l’euro.

#2 – Etats Unis (USD) :   Comme on pouvait s’y attendre compte tenu de la large majorité des républicains au sein de la Chambre des représentants, le texte de réforme du code fiscal américain, la première de cette ampleur depuis les années 80 sous la présidence de Ronald Reagan, a été approuvé hier soir à 227 voix pour face à 205 voix contre par les représentants américains (13 représentants républicains s’étant toutefois opposés à ce texte lors de ce vote). Comme il l’avait été présenté préalablement, ce texte prévoit de réduire le taux d’imposition sur les sociétés de 35% à 20%, de réduire le nombre de paliers fiscaux pour les ménages de 7 à 4 et de réduire ou éliminer certaines niches fiscales pour un coût net estimé à un peu plus de $1,4Trn sur 10 ans, un chiffre conforme à la résolution budgétaire votée un peu plus tôt cet automne. Cette étape passée, le chemin qui mène à l’adoption de cette promesse phare de la campagne de Donald Trump reste encore semé d’embûches. Car maintenant c’est au tour du Sénat de voter ce texte de loi, or deux points majeurs : 1) le texte dévoilé par le groupe de travail républicain est sensiblement différent de celui présenté par la chambre des représentants (impôt sur les sociétés décalés d’un an, réduction temporaire de l’impôt sur le revenu des ménages et élimination des exemptions fiscales locales et fédérales), et 2) les républicains disposent d’une courte majorité au Sénat (52 sièges contre 48 démocrates) ce qui leur offre peu de marges de manœuvre en cas de mésentente sachant que le camp démocrate est unanimement opposé à ce texte de loi. Nouvelle cible des craintes, la récente introduction dans le texte présenté par le Sénat d’une provision prévoyant d’abroger l’Obamacare pour financer cette réforme fiscale, ce qui retirerait la couverture santé à presque 13 millions d’américains. Plusieurs républicains ont déjà fait part de leurs craintes et inconfort à l’égard de cette réforme qui accroitrait significativement les déficits et qui pénaliserait une partie de la population aux revenus les plus modestes. Les investisseurs restent sensibles à ces débats qui devraient se poursuivre au moins jusqu’à la fin du mois de novembre, puisque le vote du texte au Sénat n’aura lieu qu’après les congés de Thanksgiving débutant le 23 novembre prochain. Pour le moment, ces derniers restent globalement prudents, le souvenir de l’échec du projet d’abrogation de l’Obamacare par le camp républicain un peu plus tôt cette année demeure encore très présent dans leur esprit. Le dollar s’est apprécié de 0,2% face à l’euro lors de la séance de jeudi, des gains aussitôt reperdu lors de la séance asiatique de vendredi. Le cours de change oscille avant le début de la séance européenne aux portes du seuil de $1,18.

#3 – Zone Euro (EUR) : Comme attendu, la dynamique annuelle de l’indice d’inflation générale en Zone Euro a reculé de 1,5% à 1,4% au mois d’octobre, la faute à un effet de base dû à une forte hausse des prix du pétrole l’année dernière. Si le recul de l’inflation, et notamment l’accroissement de l’écart avec la cible de 2,0% fixé par la banque centrale européenne, n’est pas une bonne nouvelle en soi, on peut néanmoins se réconforter avec le fait que l’inflation de base (indice excluant les produits aux prix hautement volatils comme l’énergie et les produits alimentaires) n’a pas reculé autant qu’anticipé. Ressorti à 1,1% en première estimation contre 1,3% au mois de septembre, ce chiffre n’a pas été révisée à la baisse comme l’anticipait une majorité d’observateurs (consensus : 0,9%). Si une accélération de l’inflation se fait toujours attendre en Zone Euro, la BCE en devrait néanmoins pas dévier de sa ligne de conduite décidée en octobre dernier et observer la réaction de l’économie à la réduction de son soutien monétaire à partir de janvier prochain. La perspective de divergences monétaires reste un facteur de volatilité prépondérant sur la paire EUR/CHF. Les chiffres moins décevants que prévu de l’inflation en Zone Euro ont semble-t-il renforcé ce sentiment dans l’esprit des investisseurs, cela malgré les craintes qui émanent d’Allemagne (voir Focus #1 du jour). Le cours EUR/CHF a fait son retour sur ses plus hauts niveaux de l’année 2017 et retouché ce jeudi le niveau de ₣1,17. Ce seuil reste malgré tout pour l’heure un seuil psychologique majeur pour les investisseurs. Sans nouveaux leviers de hausse de l’euro, le cours EUR/CHF pourrait engranger une petite correction ce vendredi sur fond de prises de bénéfices des investisseurs.

Les trois évènements clés à suivre lors de la séance de vendredi 17 novembre 2017 – #1 Dernière chance pour Angela Merkel pour former sa coalition, #2 Possible recul de l’inflation au Canada (14h30) & #3 Le dollar australien handicapé par les mouvements obligataires  

EUR

Le temps presse. Angela Merkel n’a plus que quelques heures pour trouver un accord avec les libéraux du FDP et les écologistes pour former une nouvelle coalition gouvernante, et ainsi s’assurer l’extension de son mandat de chancelière qu’elle occupe depuis maintenant 12 ans. Les négociations semblaient être dans une impasse jeudi soir, les partis ne parvenant pas à s’entendre sur les questions migratoires, environnementales et économiques. Arrivées en tête du scrutin du 24 septembre, la CDU et son allié historique la CSU ne semblaient pas totalement disposées à céder trop de terrain à ses potentiels nouveaux alliés, cependant leur faible résultat obtenu lors de ce scrutin (33% ou le plus faible résultat obtenu par la formation d’Angela Merkel depuis 1949), notamment aux dépends de l’extrême droite qui a fait une entrée historique au parlement allemand en tant que 3ième force politique du pays, a rendu inévitable une coalition à trois. La présence de deux partenaires à l’orientation politique très différente renforce le risque de cacophonie, et les points de blocage dans les négociations. Si aucun accord n’était trouvé à l’issue de cette semaine, l’Allemagne pourrait vivre un moment historique avec une première élection fédérale anticipée. Cette nouvelle élection pourrait replonger la Zone Euro dans l’incertitude, celle-ci offrant l’opportunité à l’extrême droite de renforcer sa représentation au parlement, et représentant un risque de voir la formation de la chancelière allemande perdre à nouveau du terrain sur ses adversaires. Symbole de la construction européenne, et tête de proue d’une stabilité de la zone, un départ d’Angela Merkel enverrait un signal perturbant aux investisseurs qui pourrait se matérialiser par d’importantes pertes pour l’euro.

CAD

Le Canada publiera cette après-midi ses nouvelles statistiques d’inflation du mois d’octobre. Les économistes tablent en majorité sur un ralentissement de la dynamique annuelle de prix de 1,6% à 1,4% après avoir atteint un pic de 4 mois en septembre dernier. Les regards devraient être plus attentifs à l’évolution de l’indice de prix de base qui avait chuté le mois dernier à son plus bas niveau historique (0,8% A/A). Des signaux de ralentissement des prix dans le pays viendraient conforter la stratégie prudente adoptée par les banquiers centraux canadiens en octobre dernier, ces derniers préconisant désormais une approche très graduelle en matière de hausse de taux. L’absences d’éléments tangibles laissant suggérer un possible changement de position de la Banque du Canada dans les prochains mois limiterait les spéculations sur une possible hausse de taux à court terme, et offrirait l’opportunité à la paire EUR/CAD de tester à nouveau le seuil des C$1,51 (niveau atteint à « seulement » trois reprises lors des 5 derniers mois. Pour l’heure, les investisseurs anticipent deux hausses de taux en 2018, la première en mai et la seconde en octobre, aussi toute évolution majeure de ces anticipations sur les marchés à terme aurait un impact significatif sur la valeur du dollar canadien. En cas de chiffres meilleurs que prévu, le dollar canadien pourrait potentiellement essuyer une partie des pertes enregistrées cette semaine (-1,5% face à l’euro) et retomber sous le niveau de C$1,50 face à l’euro.

AUD

Le dollar australien est victime ce vendredi des mouvements sur les marchés obligataires et notamment du rétrécissement des écarts de rendements avec les taux américains, le dollar américain étant sur le point de remplacer son homologue australien comme devise à haut rendement au sein des marchés développés. Si la Fed décide de rehausser à nouveau ses taux directeurs en décembre ; ce qui semble le scénario le plus probable à l’heure où on parle ; ceux-ci atteindraient alors un niveau similaire aux taux australiens (taux directeur de 1,5% en Australie vs fourchette de 1,00%-1,25% actuellement aux Etats Unis), ce qui serait une première depuis les années 2000. D’ailleurs ce matin, l’écart de rendement entre les taux souverains 2 ans australiens et américains a atteint son plus faible niveau depuis plus de 17 ans. Ce désamour à l’égard du dollar australien participe au fait que la banque centrale australienne refuse d’aborder le débat d’une première hausse de taux dans le pays. La faible dynamique des salaires en Australie constitue pour l’heure un obstacle majeur aux yeux des responsables monétaires australiens. Sur les marchés à terme, les investisseurs n’anticipent aucune action de la banque centrale avant février 2019. Ce  mouvement baissier sur le dollar australien se répercute également face à l’euro, la devise australienne reculant ce vendredi matin de plus de 0,6% face à la devise européenne et chute à son plus bas niveau depuis 18 mois (pic recensé à A$1,5616 ce matin sur l’EUR/AUD).