Aperçu de l'actualité des marchés

Points clés (séance asiatique/ouverture de la séance européenne) :

  • Mouvement de prises de profit de l’ensemble des devises du G10 face à l’euro à l’ouverture des marchés européens après l’important renforcement de la devise européenne débuté vendredi soir et qui s’est poursuivi jusqu’en séance asiatique ce matin.
  • Le cours EUR/GBP est la paire qui enregistre le plus fort recul – près de -0,50% sous £0,8750 – alors que le ‘Brexit’ pourrait officiellement débuté cette semaine (vote à la Chambre des communes ce lundi).
  • L’UER/USD a été observé au-dessus de $1,07 et l’EUR/CHF au-dessus de ₣1,08 en séance asiatique. Cependant ce rebond apparaît temporaire tant les tensions politiques sont importantes.

Les publications clés du jour :

Focus de vendredi/week-end : Feu vert pour la Fed...Vive réaction des marchés à un possible changement de stratégie de la BCE…Les prix du pétrole toujours sur une pente glissante…La Pologne veut prendre ses distances avec l’UE…Tensions entre les Pays-Bas et la Turquie

Etats Unis : Avec 235k créations d’emploi (vs 190k attendu et 238k en janvier), une dynamique de croissance des salaires qui s’accélère à un rythme de 2,8% sur 12 mois ; tout proche de son récent pic ; et une nouvelle baisse du taux de chômage de 4,8% à 4,7%, autant dire que le rapport sur l’emploi au mois de février a de quoi convaincre les membres de la Fed les plus frileux que l’économie américaine est apte à accueillir une nouvelle hausse de taux. Les marchés options continuent d’évaluer à près de 90% la probabilité implicite d’une hausse de taux de 25pbs ce mercredi. 

BCE : Des sources ont révélé vendredi en fin d’après-midi que la BCE aurait évoqué lors sa récente réunion monétaire l’éventualité de rehausser ses taux d’intérêt avant la fin du programme d’assouplissement quantitatif, aussi communément appelé QE. Si la source indique que le sujet n’a pas été débattu en profondeur par les membres du conseil de gouvernance, les investisseurs ont immédiatement réagi à la nouvelle et ont commencé à intégrer cette hypothèse dans la valorisation de l’euro. Le cours EUR/USD s’est ainsi apprécié de 0,9% et enregistré un pic à $1,0699, un niveau qui n’avait plus été observé depuis un mois.  La simple évocation du sujet suggère un possible début de changement d’orientation de la BCE alors que Draghi a toujours répété que les taux resteraient stables pendant un certain temps, même après la fin du QE. Les marchés options tablent que les taux de la BCE redeviendront positifs à horizon janvier 2020.

Pétrole : Les prix du pétrole ont engendré vendredi leur 3ième séance consécutive de recul, les marchés doutant désormais de la capacité des membres de l’OPEP à inverser le déséquilibre entre offre et demande sur les marchés. Le prix du Brent a ainsi clôturé la semaine au niveau de $51,4 et enregistré une chute de plus de 8% entre mercredi et vendredi. Le prix du baril reste sur des plus bas depuis 3 mois. Les devises pétrolières telles que le CAD, la NOK, le MXN ou encore le RUB se sont significativement affaiblies la semaine dernière, et pour certaines d’entre elles ont atteint un plus bas annuel face à l’euro.

Pologne : Le gouvernement polonais semble avoir mal digéré la défaite de son représentant lors de l’élection la semaine dernière du nouveau président du Conseil européen. En effet, la réélection de Donald Tusk a été considérée comme une nouvelle forme d’hostilité envers la politique du gouvernement polonais, alors que celui-ci fait partie des responsables à Bruxelles qui ont accusé Varsovie de mettre en péril l’Etat de droit via une politique conservatrice remettant en cause l’indépendance de la justice (Tribunat constitutionnel notamment) et des médias. Un haut responsable politique local a suggéré ce weekend que la Pologne devrait davantage se méfier de Bruxelles et de ses institutions et pourrait, en signe de représailles, être forcée d’apposer son véto sur les futures initiatives lancées par l’UE. A l’approche du ‘Brexit’, l’ « unité » européenne que recherche Bruxelles montre quelques signes de faiblesse.

Pays-Bas/Turquie : A quelques jours du scrutin des élections législatives dont le résultat est à l’heure actuelle très incertain, une crise diplomatique a éclaté entre les Pays-Bas et la Turquie. Les relations se sont tendues ce week-end entre les deux pays suite à l’interdiction faite au ministre des affaires étrangères turcs de participer à un meeting à Rotterdam pour encourager la communauté turque à voter au référendum constitutionnel qui aura lieu en avril (référendum destiné à renforcer le pouvoir de l’Etat). Le premier ministre Mark Rutte a justifié ce choix par une crainte de voir des débordements en marge de ces rassemblements. Doit-on y voir une stratégie du premier ministre de grappiller, à quelques jours de l’élection, des voix au parti d’extrême droite PVV de Geert Wilders dont on sait que le discours anti-immigration a séduit une large partie de l’électorat ? La question peut se poser.

Focus de la semaine : Possible lancement du ‘Brexit’ cette semaine… Rencontre Trump/Merkel…Nouvelle hausse de taux aux Etats Unis ?...Elections aux Pays-Bas… Réunions de banques centrales en pagaille

Royaume-Uni (Lundi) : Les députés de la Chambre des communes voteront ce lundi sur le nouveau texte de loi de lancement du ’Brexit’ incluant notamment les amendements libellés la semaine dernière par la Chambre des lords. L’objet des débats actuels est de savoir ce qui se passera si aucun accord n’est signé entre le Royaume-Uni et l’UE au bout des 2 ans de négociation. Plusieurs députés, dont certains issus de la même famille politique que T.May, souhaitent que le Parlement ait son mot à dire sur les options possibles dans un tel scénario, ce que refuse catégoriquement le gouvernement. Theresa May a demandé à la Chambre basse d’invalider les amendements votés la semaine dernière, souhaitant que les débats ne prolongent pas davantage afin de pouvoir débuter le processus de divorce afin le 31 mars, comme initialement indiqué. Avec une simple majorité de 17 sièges à la Chambre des communes, Theresa May s’expose à un nouveau revers en cas de rébellion de minimum 9 membres de son parti. Si le texte était approuvée aujourd’hui, Theresa May pourrait théoriquement activer l’article 50 à partir de mardi.

Rencontre Merkel/Trump (Mardi) : Rencontre au sommet ce mardi entre la chancelière allemande et le président américain. Accusée de manipuler l’euro pour tirer avantage commercialement des Etats Unis, l’Allemagne fut ces dernières semaines sous le feu des critiques des hauts responsables politiques américains, Donald Trump en tête. Alors que les Etats Unis ont brandi la menace de la mise en place d’une taxe à l’import pour réduire le déséquilibre commerciale, Angela Merkel pourrait ne pas rester en reste et indiquer qu’une telle politique ferait l’objet d’une riposte du côté allemand. Baisse du taux d’imposition sur les sociétés, taxes sur les produits importés des Etats Unis, déductions des taxes à l’import enregistrées aux Etats Unis sont des pistes de réflexion sur lesquelles plancherait le gouvernement rapporte ce weekend le journal allemand Spiegel.

Fed (Mercredi) : Mercredi soir (19h00) la réserve fédérale américaine pourrait rehausser ses taux de 25pbs pour la seconde fois en trois mois. Les récents propos optimistes des membres du comité directeur et les bons résultats fondamentaux économiques récents ; encore dernièrement le rapport sur l’emploi publié ce vendredi ; ne laissent planer aucun doute sur cette décision qui paraît inévitable. Les investisseurs anticipent très largement ce scénario, ce qui semble limiter le potentiel haussier du dollar. La question que se pose actuellement les investisseurs n’est pas de savoir si la Fed va à nouveau relever ses taux, mais plutôt de savoir si cette dernière compte accélérer son processus de normalisation. En décembre, les projections médianes établies par les responsables américains suggéraient trois hausses de taux par an sur la période 2017-19. Une révision à la hausse des ces projections serait susceptible d’alimenter un nouveau renforcement du dollar. Toutefois compte tenu de la faible visibilité offerte par Washington en matière de réformes économiques, la Fed pourrait rester prudent et ne pas céder à un optimisme démesuré.

 Elections législatives aux Pays-Bas (Mercredi) : Cette élection revêt un intérêt tout particulier pour les investisseurs, notamment en amont des élections présidentielles françaises programmées au printemps. Une large poussée du Parti de la Liberté (PVV) de Geert Wilders ; parti d’extrême droite anti-immigration et anti-Europe ; lors de ces élections confirmerait la propagation d’un sentiment eurosceptique et contestataire au sein de la Zone Euro, ce qui donnerait davantage de crédibilité à un scénario de victoire de la candidate Marine Le Pen en France. Bien qu’étant le 3ième parti le plus représenté dans la composition actuelle du parlement formé en 2012, avec seulement 15 sièges sur un total de 150, le PVV avait un contre-pouvoir limité face aux démocrates du VVD (41 sièges) et des travaillistes du PvdA (38 sièges). Si le PVV était amené à devenir la première force politique aux Pays-Bas, cela serait un signal fort envoyé au reste de l’Europe. Notons qu’à l’heure actuellement, aucun parti ne s’est positionné pour former une éventuelle coalition avec le PVV, ce qui devrait limiter le risque de voir Wilders devenir le nouveau premier ministre des Pays-Bas.

 Banques centrales (Jeudi) : Ce jeudi, les banques centrales (dans l’ordre de publication des communiqués officiels) japonaise, suisse, norvégienne et britannique publieront les conclusions de leur nouvelle réunion monétaire. Pour les quatre d’entre elles, les marchés n’anticipent aucun changement majeur vis-à-vis de leur politique actuelle. Toutefois, dans le contexte politique hautement incertain en Europe, il faudra garder un œil attentif aux déclarations faites par la BNS (Suisse). Cette dernière a été témoin d’importantes vagues d’achat en franc suisse d’investisseurs désireux, en marge des échéances électorales programmées, de couvrir leurs positions face à de potentielles turbulences frappant les marchés européens. Le récent rebond entrevu sur le cours EUR/CHF (₣1,08 entrevu ce matin) pourrait néanmoins convaincre les banquiers centraux suisses de ne pas se précipiter et de continuer leur action sur les marchés des changes.

EUR

Sous l’impulsion d’un nouveau positionnement des investisseurs qui commencent à intégrer la possibilité que la BCE puisse progressivement relâcher la pression et opter pour une politique moins accommodante dans les prochains trimestres ; que ce soit au niveau des taux ou du QE ; l’euro enregistre depuis vendredi soir d’importants gains face à ses pairs. Le cours EUR/USD a franchi ce matin le niveau de $1,07, cependant ce rebond apparaît temporaire et épidermique alors que les articles relayés par le médias vendredi soir et ce week-end confirment que le sujet d’une possible normalisation des taux avait été seulement évoqué par la BCE, et non débattu. Les tensions politiques devraient rapidement faire leur retour et reprendre son rôle de boussole sur l’euro. Outre les élections législatives aux Pays-Bas programmées mercredi (voir Focus de la semaine) qui serviront de baromètre de tendance avant les élections françaises, l’actualité politique française restera toujours scrutée avec attention par les marchés, notamment à partir ce mercredi alors que le candidat de centre-droit François Fillon sera reçu par les juges d’instruction pour être entendu sur l’affaire de détournement de fonds publics qui fait la une des médias locaux depuis quelques semaines. Distancé dans les sondages par ses rivaux E.Macron et M Le Pen, ce dernier refuse pour le moment d’abandonner la course à l’Elysée, cependant il pourrait y être forcé si les pressions judiciaires se font plus importantes.

La rencontre entre la chancelière Angela Merkel et Donald Trump sera également un évènement majeur à suivre ce mardi (voir Focus de la semaine). En effet, l’évolution des relations commerciales entre ces deux économies majeures pourraient avoir des répercussions importantes à court et moyen terme sur la paire EUR/USD.

Aujourd’hui : Discours de Mario Draghi

EUR/USD à1,0675 (+0,06%)

 

USD

Tous les regards sont tournés vers la nouvelle réunion de la Fed ce mercredi et les décisions qui y seront prises. Aux yeux des investisseurs, la communication tenue par la Fed ces dernières semaines est sans équivoque, une nouvelle hausse de taux est inévitable, le scénario contraire serait accueilli comme une grave erreur de communication et provoquerait d’importantes turbulences sur les marchés. Une hausse de taux est déjà totalement intégrée par les marchés, d’où la faible volatilité observée sur le dollar la semaine dernière malgré des fondamentaux économiques robustes (derniers chiffres de l’emploi notamment). Plus qu’une nouvelle hausse de taux, ce seront très certainement les nouvelles projections des banquiers centraux en ce qui concerne les taux d’intérêt (Dot Plot) et la conférence de presse de Janet Yellen (mercredi 19h30) qui devraient recueillir la plus forte attention des investisseurs.

Aujourd’hui : Pas de chiffres clés

GBP

L’important renforcement de l’euro a favorisé un nouveau rebond important du cours EUR/GBP vendredi dernier à son plus haut niveau depuis près de 2 mois à £0,8782. Ce lundi les regards seront tournés vers la Chambre des communes qui est amenée à voter sur le texte de loi de lancement du ‘Brexit’ incluant les récents amendements votés par la Chambre des lords la semaine dernière. Si des doutes subsistent sur les intentions des parlementaires à approuver les changements souhaités par la chambre haute, notamment en ce qui concerne les options à disposition en cas d’échec des négociations, le vote du texte de loi permettrait théoriquement au gouvernement de lancer le processus de divorce à partir de demain.

Le cours EUR/GBP recule ce matin sous le niveau de £0,8750 cependant la livre sterling reste sous pression. Une zone d’incertitude demeure cependant en ce qui concerne le sens de la volatilité sur la devise britannique à l’annonce du début du ‘Brexit’. La livre sterling pourrait bénéficier d’un soulagement global des marchés de voir le processus de sortie enfin commencer, ou au contraire celle-ci pourrait être pénalisée par les incertitudes que ce divorce implique (référendum écossais, ralentissement économique, facture de €60Mds réclamée par l’UE…).

Aujourd’hui :  Vote à la Chambre des communes sur le texte de lancement du ‘Brexit’

EUR/GBP à0,8735 (-0,46%)

CHF

Le cours EUR/CHF a touché ce matin un pic de puis trois mois à ₣1,0825 grâce notamment au prolongement en séance asiatique du mouvement haussier sur l’euro entamé vendredi soir dernier suite à la publication d’un rapport indiquant que la BCE réfléchirait à la possibilité de rehausser ses taux d’intérêt avant même la fin du programme de rachat d’actifs. Ce rebond pourrait n’être que temporaire alors que d’importantes tensions politiques pourraient refaire surface cette semaine en Europe avec les élections législatives néerlandaises, la rencontre entre Angela Merkel et Donald Trump ou encore l’écoute du candidat François Fillon par les juges deux jours avant la remise officielle des parrainages.

L’évènement majeur cette semaine sera la réunion monétaire de la BNS. Si celle-ci pourrait être rassurée par le récent rebond du cours EUR/CHF, celle-ci pourrait évoquer de potentiels leviers d’actions en cas de nouvelle hausse de la volatilité sur les marchés européens, et par conséquent regain d’intérêt de ces derniers pour le franc suisse.

Aujourd’hui :  Pas de chiffres clés

EUR/CHF à1,0787 (-0,06%)

CAD

Faute d’un renforcement de l’euro et d’une poursuite ce matin du recul des cours du pétrole, le cours EUR/CAD a atteint ce matin le niveau de C$1,44 pour la première fois depuis près de 4 mois. Le cours de change a enregistré un gain de 4,0% sur les 10 dernières séances, aussi quelques prises de profits pourraient être observées et favoriser un rebond du dollar canadien. Cependant la devise canadienne reste toujours principalement sensible à la rhétorique américaine en matière de politique commerciale internationale et de la vigueur des cours du pétrole dont le Canada reste un important exportateur net.  

Aujourd’hui :  Pas de chiffres clés

EUR/CAD à1,4354 (-0,19%)